L'inconnu de la taverne

La grande salle de la taverne de Olkland est un théâtre d'agitation constante. Bien que moins grande que Staoslam city, Olkland n'en demeure pas moins une plaque tournante vitale du commerce de Takkanor. Ici, l'effervescence est plus directe, plus brute : le cliquetis des pièces de monnaie sur le comptoir et les éclats de voix des marchands qui concluent leurs affaires se mêlent aux rires des voyageurs. L'air est saturé des odeurs de cuisine, de bière et de fumée.

  • Chapitre : 2
  • Auteur : BigDenBoo
  • Date d'écriture : juillet 2026

Assis à une vieille table en bois massif, Tyler se sent petit face à cette activité. Il contemple son repas avec une distraction évidente, l'esprit tourné vers le périple qui l'attend le lendemain. La ville est une étape cruciale, un carrefour où les chemins se séparent, et l'idée qu'il devra bientôt affronter la solitude de la route vers Flatwaters lui pèse déjà.

Une présence inattendue vient rompre son isolement. Un homme d'âge mûr s'est installé en face de lui avec une aisance naturelle. Il possède une stature robuste et une carrure solide, dégageant une autorité tranquille qui semble imposer le respect sans même qu'il ait besoin de parler. Sa barbe grise et dense, ainsi que son regard clair et attentif, lui confèrent l'allure d'un sage ou d'un patriarche. Il s'adresse à Tyler d'une voix posée qui perce le brouhaha de l'auberge :

L'homme : Vous avez l'air de quelqu'un qui porte un fardeau bien plus lourd que votre sac de voyage, jeune homme.

Tyler lève les yeux, surpris par cette introduction si directe. Il sourit timidement à l'inconnu.

Tyler : Je voyage, tout simplement.

L'homme esquisse un sourire entendu, ses yeux scrutant le visage du jeune homme avec une curiosité bienveillante.

L'homme : Voyager... C'est un art qui demande autant de courage que de patience, dit-il en portant sa bière à ses lèvres. On traverse des cités comme celle-ci pour réaliser ce que l'on a laissé derrière soi, ou pour imaginer ce qui nous attend. On dit que les routes qui montent vers les Moonlit Peaks sont particulièrement propices aux grandes réflexions. Serait-ce votre destination ?

L'évocation des montagnes provoque un tressaillement chez Tyler. L'image de Scott et l'espoir fou de le retrouver à Lienwood lui brûlent la poitrine.

Tyler : Je... cherche quelqu'un.

Sa voix trahit une émotion qu'il a du mal à contenir. L'homme hoche la tête, son regard se perdant un instant vers les flammes de la cheminée avant de revenir sur Tyler.

L'homme : On cherche tous quelqu'un. Ou quelque chose. Parfois un frère, parfois une vérité, et parfois simplement le chemin qui nous ramène à la maison. Mais n'oubliez jamais que les histoires ne s'arrêtent jamais vraiment, jeune homme. Elles changent simplement de mains, passant des lèvres d'un voyageur à celles d'un autre, voyageant bien plus vite que n'importe quelle caravane.

Il marque une pause, laissant ses paroles résonner dans l'esprit de Tyler, tandis que le tumulte de la taverne continue de battre son plein autour d'eux.

Tyler reste un instant silencieux. Les mots de l'homme résonnent dans son esprit. Sa présence est étrangement apaisante.

Tyler : Et si l'histoire était déjà écrite ? Un chemin déjà tout tracé que l'on ne fait que parcourir ?

L'homme laisse échapper un rire, un son grave et chaleureux qui semble dissiper une partie de la tension du jeune homme.

L'homme : Le destin est un sujet qui divise les sages. Certains pensent que nous sommes les auteurs de nos propres récits, d'autres croient que nous ne sommes que les acteurs d'une pièce déjà écrite par des forces qui nous dépassent. Mais ce que je sais, c'est que peu importe la manière dont l'histoire est écrite, c'est la façon dont vous jouez votre rôle qui compte. Un homme peut être le héros d'une tragédie ou un simple passant dans une comédie. C'est son courage à chaque instant qui définit sa valeur.

Il désigne d'un geste de la main l'agitation de la taverne.

L'homme : Regardez-les. Ce marchand qui se bat pour un sac de grains, cette serveuse qui rit avec le tavernier, ce jeune garde qui n'a d'yeux que pour la serveuse, cette femme plus âgée qui pose sa main sur le bras du jeune garde... Chacun d'eux est au milieu de sa propre épopée. Et vous, jeune homme, votre chapitre semble être celui du renouveau. Sortir de l'ombre pour affronter la lumière des sommets...

Tyler baisse les yeux, intrigué par cette conversation surréaliste et une nouvelle fois envahi par le doute.

Tyler : J'ai peur que mon chapitre ne se termine pas comme je l'espère. Que le récit s'arrête brusquement, avant que j'aie pu retrouver ce qui m'est essentiel.

L'homme se penche légèrement vers lui, son regard devenant plus intense.

L'homme : La peur est le signe que vous êtes conscient de l'importance de votre quête. Un voyage sans risque n'est qu'une promenade. Écoutez-moi bien : même si les ombres semblent vouloir vous engloutir, il y a toujours une page qui se tourne. Parfois, c'est un miracle, parfois c'est une épreuve, mais le livre ne se referme jamais sur celui qui continue de marcher.

L'étranger marque un silence, puis son expression s'adoucit, redevenant celle d'un vieil homme jovial.

L'homme : Mais assez de philosophie pour une seule soirée ! La nuit est longue et le repos est nécessaire avant les grandes routes. Dites-moi plutôt, d'où venez-vous réellement ? Votre accent n'est pas celui des gens de la plaine, assurément.

Tyler esquisse un sourire, plus sincère cette fois. Il se sent étrangement bien, comme si cet inconnu, par sa simple présence, avait allégé le fardeau qu'il transporte.

Tyler : Je viens du sud des Moonlit Peaks. Et je cherche à y retourner.

Le jeune homme se sent de plus en plus à l'aise en face de ce mystérieux étranger. Il raconte Mantra island, les dangers de la jungle et la solitude de la route. Sa voix s'anime au fur et à mesure qu'il dépeint la traversée sur la mer de Nãkama, l'agitation de Staoslam city et les paysages de Takkanor jusqu'à son arrivée à Olkland.

L'homme écoute en silence, le regard perdu dans les reflets ambrés de sa bière. Il ne l'interrompt pas, ne pose aucune question. Il se contente d'acquiescer de la tête.

Alors que le récit de Tyler se termine, l'homme murmure après un long silence :

L'homme : L'océan... Il a une manière bien particulière de garder les secrets, n'est-ce pas ? On y entre avec des certitudes et on en ressort avec des questions. Tout comme les Moonlit Peaks...

Il fait une pause et continue à voix basse.

L'homme : Vous avez traversé des terres qui ne demandent qu'à vous dévorer, Et pourtant, vous êtes là, assis devant moi, avec la force de ceux qui ont refusé de s'effacer. C'est une chose que peu de personnages parviennent à faire dans les récits que l'on raconte ici.

Il esquisse un sourire énigmatique, comme complice.

L'homme : Vous savez, jeune homme, les gens pensent souvent que le voyage est une ligne droite entre un point A et un point B. Mais la réalité, c'est que le voyage est une spirale. On repasse souvent par les mêmes lieux, mais on ne les voit jamais de la même façon. Vous avez quitté les Moonlit Peaks pour chercher une réponse, et vous revenez vers elles en étant devenu quelqu'un d'autre.

Tyler le regarde, fasciné. Il a comme l'impression que cet homme ne se contente pas d'écouter son histoire, mais qu'il la lit en lui.

Tyler : Et après ? Que se passe-t-il quand on arrive enfin au bout de la spirale ?

Le vieil homme lève sa chope de bière vers le plafond, comme pour saluer une divinité invisible. Il reprend la parole avec un éclat malicieux dans les yeux.

L'homme : La spirale ne s'arrête jamais, elle se transforme. Elle devient une nouvelle boucle, plus vaste, plus complexe. Le véritable défi n'est pas d'arriver à destination, mais de rester soi-même pendant que le monde tente de vous réécrire.

Il termine la bière et se lève.

L'homme : Allez dormir, jeune voyageur des sommets. Demain, la route vers Flatwaters vous attend, et elle n'aura pas la patience d'un vieil homme qui aime les histoires.

Il s'éloigne au milieu de la salle, laissant Tyler seul avec ses pensées et le souvenir persistant de cette voix qui semblait porter l'écho de mille autres vies.